Les premières années

1er partie

 

On dit souvent que les premières années d'un enfant sont celles qui font de lui l'adulte de demain. Le problème avec Rolf, c'est qu'il est resté un enfant...

Un grand enfant, c'est justement ce que le pédiatre fit remarquer aux parents. Il fut, jusqu'à ses 5 ans, 20 à 25% plus grand que ses petites camarades. Mais par la suite, ce fut le contraire. Il ne grandira plus. A vrai dire, personne ne sut véritablement pourquoi. Ou plutôt, le médecin de famille ne dira rien, afin d'éviter un choc. En effet, Marie donna le sein à Rolf jusqu'à ses 5 ans. Puis elle arrêta, épuisé par ce gargantua. Mais elle le cacha à Pierre.

Son entrée à l'école fut un véritable enfer pour notre bon Rolf. De par sa grande taille, il avait du mal à s'intégrer, et ses camarades ne passèrent pas l'occasion de se moquer de lui. Sans oublier sa maîtresse, madame Wallewale, une vieille aigrie pro-jésus (j'entends par là, une adoratrice de l'enfant Dieu Jésus Christ, à qui elle vouait un culte presque malsain...), pour qui cet enfant était un suppôt de Satan lui même ! Que du bonheur ! Bien évidemment, Marie ne pouvait pas partir en guerre contre cette femme. Elle était quand même la référente du prêtre de la paroisse, s'occupant du catéchisme des enfants, et partageant la bonne parole. C'est donc Pierre, qui dû se battre contre cette « mauvaise foi ».

Accablé par les reproches de Marie (jamais présent, mou du genou,...), des attaques de ses beaux parents (incapables, bon à rien,...) et dorénavant des moqueries de la maîtresse de son fils (ivrogne, mauvais père,...), il finit par littéralement « péter un câble » !

Et c'est ce côté qui va suivre, que Rolf n'a pas encore acquis. Et que Pierre loue de son cœur et de son âme afin qu'il l'acquiert. D'ailleurs, ce qui se passa ce jour là, plus personne n'en parle. Que ce soit par honte, par peur ou par précaution envers Rolf.

Pierre était à l'époque, un ouvrier technique de la ville de Watergang. Un petit village, en campagne Flamande. Ses journées consistaient à balayer les rues, faire des réparations de toutes sortes dans les bâtiments municipaux, d'entretenir les espaces verts,....Mais aussi, de passer boire un canon dans le café PMU de la place de la Patate d'Or (car le village était la capitale de la patate d'or, une espèce unique de pomme de terre, obtenue grâce à un mélange secret...). Le café de ses exploits par ailleurs...

Et alors qu'il finissait sa pinte au comptoir, un des ivrognes du bar lança une information sous forme de bombe, qui explosa à la figure de Pierre.

« Alors le comique, le géant suce toujours son pouce, euh je veux dire les tétons de ta femme !! ». Ni une, ni deux, Pierre brisa l'air enfumé du café en envoyant sa chope sur la tronche du sac à vin qui venait de faire prendre conscience à Pierre de la vérité. Alors que la chope, tournant sur elle même, se dirigeait à la vitesse lumière, l'esprit de Pierre se mit à faire les connections entre ces paroles et les événements des dernières années de sa vie. Lentement, il revoyait son fils, seul dans la cour de récréation, la tête baissé devant ses camarades hilares en le pointant du doigt, ou en pleure suite aux méchantes remarques de madame Wallewale, ou même, sa femme épuisée après avoir soi-disant donnée le biberon ou une assiette à son fils. Puis, ses beaux parents, hurlant contre lui, lui le pestiféré de la famille, à cause de ce nom, Rolf, donné malencontreusement à son fils. Alors que la chope, après avoir arrosé son passage de bière, fracassé le visage du délateur, Pierre se releva et, en jetant un regard froid vers sa victime, quitta le café pour se diriger vers l'école municipale. Là où, se trouverait sa prochaine victime. Madame Wallewale.

A suivre ...