Voici un extrait d'un futur projet. Je compte l'intitulé "20 milles lieux sous l'enfer". Si par hasard, quelqu'un veut me donner son avis, il est bienvenu ;)

 

Il fait froid. Un froid humide, celui qui se colle à votre chair. Pire, il pleut, encore. Cette pluie fine, qui ne vous laisse aucun répit, qui vous transperce les habits. L’homme, porte un manteau noir, comme son regard. Ce genre de manteau que l’on trouve facilement, lors du marché qui a lieu tous dimanches matins. Pas cher, pas de qualité non plus. Son pantalon, reflète sa couleur sur le ciel, gris et terne. Acheté dans le genre de magasin où se côtoie le pauvre et le démuni, à la recherche du linge le plus accessible à sa maigre bourse. Piètre qualité, triste vie. Vissée sur sa tête, la casquette, gagnée lors des kermesses d’écoles de ses enfants, lui sert de refuge à la pluie fine et continue. Passage funeste dans son esprit, là où ses enfants avaient encore le rire et l’attitude innocente des gamins. Ne pas relâcher, se dit-il. Pas si près, pas si loin.

Il est immobile, tel un soldat, fatigué après d’harassantes et interminables batailles sur le front. Son « garde à vous », prêt à vaciller. Son corps, ses muscles se tendent. Ses yeux, sa bouche se crispent. Ses mains tremblent. D’ailleurs, cela fait quelques mois qu’ils tremblent, toujours des séquences qui se comptent en secondes. Mais des secondes intenses, des micros tremblements de chairs. Son esprit, bouillonne, ne désemplis pas de rage. Il invente, peaufine et répète son acte. Cela fait des jours qu’il y pense. Des jours, qui sur lui on parut être des années. Il n’a que la trentaine entamée, mais son physique, lui, a déjà entamé sa retraite.  La vie est ainsi faite. Du plus haut sommet, on ne voit pas l’horizon, mais la chute profonde qui nous guette, au moindre faux pas, à la moindre faiblesse. L’horizon, insouciante parure destinée aux rêveurs. La chute, l’inévitable avenir du mortel.

Il n’a pas toujours eu ce feu dans les yeux. Il a même eu plus souvent des océans entiers de larmes, des galaxies d’abimes. Ce feu, cette colère, cette haine, lui a lentement, mais surement, grappillé ses forces vives. Aujourd’hui, c’est le clap de fin, rideau, circulez, il n’y aura plus rien à voir dans ce monde de fous. Le feu qui brule au fond de son âme, pourrait être la cause du réchauffement climatique, mais la planète ne lui en voudrait pas plus que cela. La mère nourricière qu’elle est, comprendrait surement, mieux, elle lui donnerait les forces nécessaires afin d’accomplir son passage dans ce côté obscur, si tentant d’apaisement après ces longues et interminables sentences.

Cela fait maintenant vingt minutes qu’il se tient là, immobile et décidé. Son plan, machiavélique et désespéré, ne lui permet pas de se rater. Il a un timing à respecter, un compte à rebours à mettre en place, un sablier de noirceur à écouler. Tout est programmé, mais un grain de sable peut enrayer la plus imposante des machines. C’est pourquoi, personne n’en aura l’écho, seulement quand tout sera terminé, quand tout sera oublié. Comme il l’a été durant toute cette période de souffrances, quand, seul au fond de sa détresse, il a commencé à rassembler les pièces de ce puzzle morbide. Qui pourrait lui en vouloir ? Tout le monde, surtout ces innocents plein de sang sur les mains. Plus encore, sa famille, ses proches et ceux qui le suivront dans cet univers marqué à tout jamais par son empreinte. Gravé dans le marbre, dans les fondations d’un avenir subissant une malédiction, qui se transmet de génération en génération. A moins que, dans un doute ombré de peur, elle s’évanouie dans l’air nauséabond des âmes maudites.

C’est ainsi que tout a commencé, dans la douleur primaire. C’est ainsi que tout a continué, dans la souffrance journalière. C’est ainsi que tout va se terminé, dans la libération ultime.

Stéréotype de l’enfance normale, le jeune garçon était un parmi tant d’autres. Création non voulue, sa présence n’est pas née d’un désir, mais d’une obligation. Obligation de naitre, sans être désiré, ni rejeté. Un éternel balancement entre le fait d’être vivant et d’être invisible. Une erreur, s’est-il entendu dire. Un fardeau, l’a-t-on surnommé. Victime et coupable. La vie est cruelle. Elle vous permet de vivre, mais ne vous donne pas l’accréditation d’exister. Que c’est-il passé dans l’esprit de ce petit être, sans défense, et déjà auteur d’un crime qu’il paiera tout au long de sa pénible vie. Jugé, condamné sans avoir pu apporter les preuves de son innocence, ce petit délinquant va alors baigner dans un univers bestial. Survivre, physiquement, psychologiquement. Devenir fort. Grandir, s’élever et disparaître.

Et c’est ainsi, que la machine infernale se met alors en route, afin d’en faire un objet de malheur. Subir, tomber. Se relever, et tomber. Il se fera écraser, laminer, et bien pire encore. Et sa destruction intérieure se valorisera, se développera. Doucement, lentement mais puissante et infinie. Ne pas broncher, ingurgiter les coups afin de les transformer en matières vivantes au fond de son âme. Tel un volcan éteint, mais préparant dans sa chambre magmatique sa lave, la solidifiant, la chauffant. Un jour, le ciel s’éclaira, les nuages disparaitront. Et le volcan pourra alors étaler sa beauté, touché les cieux avec ce qu’il a au fond de son ventre. Toute cette accumulation, libre et enfin sereine. Le jour approche, patience. La nuit éternelle arrive au galop, le son des sabots sur la terre souillée, toutes ses merveilles enfin dévoilées. Mais il est encore trop tôt, jeune garçon. Deviens un homme, souffre encore plus. Ton salut viendra, petit. En attendant, les Hommes se délectent de tes prochaines douleurs.