L’odyssée administrative :

le transfert galactique

 

Galaxie-Hugo

 

Bonjour, je m’intitule, selon les services, le matricule 13184, mot de passe 5936, ou le matricule 1 31 84 59 360 690. J’écris depuis la planète où je suis interné, la sous planète H.S, satellite du soleil éteint flamby. Il me faut raconter mon histoire, c’est un devoir envers toutes les créatures qui devront un jour venir transiter par cette galaxie loin, loin, très loin du monde des mortels.

Je prends des risques démesurés pour vous écrire, car si l’un de mes geôliers remarque mes agissements, je risque le transfert en ligne vers la galaxie qui n’a de nom que ceux qui en sont revenus la définisse, c'est-à-dire, aucun…Donc, ne sachant pas son nom, nous la surnommons la galaxie du transfert validé.

Afin de paraître le plus structuré possible, je classerai les planètes selon un ordre bien précis : celui de la bureaucratie.

Il y a tout d’abord, la planète froide, nommé ADMI 1.1. Selon certaines civilisations anciennes et éteintes, à qui elle a survécu, cette planète avait le nom de C.A.F

Puis, vient la planète vide, nommé ADMI 5.8. Toujours selon ce que nous avons découvert, celle-ci avait le nom de C.P.A.M

Enfin, la dernière, la plus immense et la plus crainte, la planète de glace, ADMI 3.0. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, son ancienne signification était Pôle Emploi. Nos chercheurs ont cherchés, en vain, la raison de ce nom, mais la seule explication avancée fut qu’il devait exister un pôle géographique où était aiguillé des tonnes de ressources diverses, puisque le mot « emploi » signifie pour nous « source de revenus ».

Maintenant que les présentations sont faites, laissez-moi-vous guider à travers un voyage initiatique, laissez-moi être votre chamane. Détendez vous, prenez bien appui sur votre siège doublé en laine de coton de canard boiteux, dégustez un bon verre d’eau d’égout et fumez un bon cigarillo préconisé par le service de santé des anonymes spatiaux. Vous êtes prêt ? Attention, préparez vous, un, je clique sur la fenêtre « demande de transfert », deux, je clique sur le bouton « confirmez », trois, « transfert en cours, veuillez patientez… »

Et là, c’est le drame…

 

 

 

Chapitre 1 : La création de toutes choses

 

Selon les textes anciens, qui nous sont parvenus par voie interstellaire, à l’origine était un être unique doté de pouvoir cosmique, Administrative Man. De taille inhumaine, aussi visible qu’invisible, son attribut le plus remarquable est son crayon bille noir, pointe moyenne, et rechargeable à l’aide de cartouches réutilisables. On raconte qu’un jour, il s’assit près d’une prairie format A4, et il se mit à imaginer un tout dans un ensemble. C’est alors qu’il porta un regard sur son agenda, et planifia son action sur une semaine, sans repos dominical.

Le lundi, il créa son premier organisme vivant, non viable et qui n’exista que ce jour-là : le CPSCA, Centre Permanent Suprême de Contrôle Admino-structurel. Pris d’une migraine, il arrêta et remit son travail au lendemain.

Le mardi, à 9 heures, il se mit à travailler sur un organisme censé gérer des aides aux familles selon des barèmes incompréhensibles du public. Il pensa lui donner le nom de CAF : Cavale Autonome Financière. De par les recherches faites par notre peuple, la première civilisation garda l’acronyme CAF, mais changea sa définition en Caisse d’Allocations Familiales. Quelle dénomination froide et sans vie. C’est pourquoi, dans notre galaxie, la CAF signifie : Carrément Abrutis Finis. Plus réaliste.

Nous somme le mercredi. Fatigué, Administrative Man décide de déclarer la journée comme celle du loisir. Pour ce faire, il imagine créer une pièce unique, une collection de données. Un arbre généalogique administratif. Mais il faut que ce soit également une image de référence. Lui vient l’image d’un rectangle, avec plusieurs couches superposées à l’intérieur. Tout excité, il entrevoit devant lui la pièce maitresse de son œuvre, qui le décrira par le terme de DUPE : Dossier Unique en Permanence Egaré ! Quelle joie ! Grâce à ce petit objet, il peut retracer toute l’existence d’une chose donnée. Encore faut-il savoir quelle sera cette chose. Mais il est déjà 16 heures, l’heure du gouter devant un bon vieux Des chiffres et des Lettres. Et oui, il faut bien que quelque chose précède la naissance du créateur du tout et du rien !

Déjà jeudi, ça sent bon le week-end, se dit Administrative Man. Du coup, il n’a pas trop envie de bosser ce jour là. Mais il faut bien justifier ses heures, et surtout passer le temps. Alors, il se décide à mettre en place une bonne blague, bien lourde et indigeste. Encore faut-il en préciser les contours. Le nom, déjà. Il se souvient de l’émission d’hier, quand un candidat, nommé François H. a donné un 6 lettres : EMLPOI (pas mal pour un homme flamby). Mais cela ne lui suffit pas. C’est vrai, il ne peut pas plagier la blague de ce candidat. Il lui faut un deuxième terme. En cherchant un peu dans sa mémoire disque dur 175 giga bit, processeur XXL-2 il tomba sur un article intriguant. En effet, sur une planète lointaine, appelé St Pol, vivait des autochtones, les con-magons. Peuplade peu, voir pas du tout, développée, ils vivaient dans une capitale : St Pol sous Mer. Aucune trace ne permet de savoir si la ville était aquatique et les con-magons amphibiens, mais nous savons qu’ils ont détruit la ville et la planète en découvrant le feu. Pas facile de vivre sur une terre riche en nitroglycérine…Donc, le voila, le deuxième terme tant recherché : POL, en l’honneur de cette planète. Résumons, EMPLOI et POL. Notre cher Administrative Man ne savait comment faire pour les réunir : EMPLOIPOL, POLEMLPOI, EMPLOI POL, POL EMPLOI ??? Et là, un éclair parcouru son esprit ! POL devant et MPLOI derrière. Entre deux, une lettre charnière, qui pourra représenter un trait d’union entre l’un et l’autre : le E. POLE EMPLOI ! Le E joue comme un miroir, il rassemble les deux termes avec deux E. Ouahhhhhh !!! Le pied intensif pris par le concepteur de cette blague aussi énorme que lorsqu’ il eu l’idée de créer un fake au nom de Dieu pour le représenter ! Faut-il savoir encore à quoi cela va-t-il correspondre. On verra demain, après tout, ce fut une journée marrante, se dit-il, et ce soir je dormirai heureux et prêt à affronter le vendredi, pensa t-il encore.

Vendredi, journée difficile. Juste avant le week-end. Administrative Man compte les heures, les minutes, les secondes. Il est impatient, et quand il est comme cela, il est de mauvais poils. Alors, il passa ses nerfs à inventer un mécanisme chiant et contraignant : la chaine administrative. Associée au DUPE, cela sera un vrai calvaire. Passer de bureau en bureau, respecter des délais administratifs, se faire traiter comme un numéro, n’avoir aucune information, perdre son temps à attendre. Bien fait ! Malgré tout, dans sa bonté naturelle, certes limitée, il se mit à plaindre qui devra subir ce lourd traitement. Et puis, il s’en moque.

Samedi ! Enfin le week-end, sauf que… son agenda lui rappela que son travail n’était pas terminé ! Horreur et stupeur, il eut des maux de ventres, de têtes. C’est alors qu’il comprit à quoi ce jour serait fait : un organisme qui l’aidera quand il ne pourra pas travailler, comme ça, la prochaine fois, il se mettre inapte ce jour là. Pour le nommer, il pensa à ses douleurs : Contraignantes, Profondes, Amers, Monstrueuses. Voilà son organisme : CPAM. Aussi clair que de l’eau de roche. Vite fait, il pouvait alors se reposer tranquillement. Chez nous, on nomme cette planète ADMI 5.8. Bien que l’on sache sa signification de CPAM, un groupe terroriste et rebelle avait renommé cette planète sous le nom de « Carrément des Putains d’Abrutis de Merde ». Le groupe a été dissout, et plus personne n’ose la nommer comme cela. Enfin, c’est une autre histoire…

Administrative Man se reposait, dormait profondément pour sa grasse matinée du dimanche, quand son réveil sonna avec un message : dernier jour pour finaliser ta création ! En colère, il se réveilla d’un trait en jetant son réveil. Ah, il faut finir le travail, et bien finissons-le sur le champ, hurla t-il plein de rage. Il imagina les personnages pour jouer à sa création. Premièrement, je vais créer un personnage qui aura pour mission d’administrer tout ce que je viens de construire, cela m’évitera de la faire moi-même. Un être haineux, plein de dédain envers les autres. Focalisé sur son travail, mais prenant un plaisir secret à relancer les autres pour divers documents supplémentaires, ou oubliant de leur donner les bons documents, imaginant plein de formulaires compliqués, … Bref, tout ce qu’il peut exister de mal dans l’administration, c'est-à-dire le tout, l’ensemble du système. Ils se nommeront : facktionnaire.

Mais, il faut créer ce qui lui rend face, le pauvre administré. Il le surnommera, le Pov’ Type. Il l’imagina sans défense face au système, impuissant devant les retards volontaires afin de l’enfoncer encore plus dans sa détresse, l’envoyant d’un bureau à l’autre, lui demandant encore plus de documents, le traitant comme un numéro parmi tant d’autres. D’ailleurs, le Pov’ Type n’aurait pas de nom, mais un numéro unique. Sans compter que si vous êtes de ce côté-là de l’administration, impossible de gagner l’autre bord. Seul les facktionnaires engendrent des facktionnaires. Un Pov’ Type n’engendre qu’une légion de Pov’ Type, prête à subir encore et encore les règlements, les mises en forme, les formules de politesse,…

Une semaine bien remplie et finie, se dit Administrative Man. Afin de rendre clair son action, il créa un guide, où tout est annoté afin de ne pas avoir de dysfonctionnement : c’est le guide administrativo-sémantiquement-réalisable-dans-un-système-encadré.

En voici le résumé :

Il existe un système administratif : la bureaucratie.

Il existe trois organismes supérieurs : CAF, CPAM et POLE EMPLOI.

Description des organismes :

-       CAF : sert à encourager le développent des Pov’ Type, puis de les noyer dans une liasse administrative afin de leur faire espérer un aperçue d’aides.

-       CPAM : sert à protéger les Pov’ Type en situation médicale, mais nécessite un enchainement de documents qui renvoi le Pov’ Type à sa situation non médicale.

-       POLE EMPLOI : ne sert à rien concrètement, mais néanmoins donne l’illusion du contraire.

Dossier DUPE : dossier unique, qui navigue entre les services, se perd, se retrouve, s’échange et se détruit par mégarde, afin d’en concevoir un nouveau avec de nouveaux documents.

Chaine administrative : obligatoire, elle permet de brasser du vent, du temps et de l’argent.

Individus caractéristiques :

-       Facktionnaire : individu qui veille au bon fonctionnement du processus administratif tout en veillant à bien faire patienter, ignorer et dégrader l’individu sous espèce.

-       Pov’ Type : individu sous espèce, accolé d’un numéro unique, doit respecter les normes et règles, afin de recommencer encore et encore.

 

 

 

Chapitre 2 : La naissance du monde bureautique

 

Une fois le tout crée, le monde moderne a pu enfin naitre. Administrative Man ayant fini son travail, il se retira dans une autre galaxie afin de se reposer de son travail titanesque.

Pendant ce temps-là, ce sont les administrations qui dominèrent le règne de l’individu nommé, l’Homme. Ce sont nos ancêtres en quelques sortes, bien que leur civilisation se soit éteintes il y a de cela plusieurs siècles.

Les lois, les règlements, les codes, tout était régit, administré, par ces organismes de gestion. Personne ne pouvait se targuer d’être au dessus des lois. L’Homme, espèce dominée et faible, se laissait dicter son comportement, son existence par ces puissants administrateurs.

D’ailleurs, ce monde là était loin d’être calme et pacifié. Au contraire, tout tourné autour de la destruction, de l’anéantissement des libertés. Des guerres ont jalonnées cette forme de vie, allant jusqu’à l’extinction de cette dernière.

Avant d’en arriver à l’épilogue, laissez-moi vous compter certaines attitudes administratives qui ont amenées à cette fin prévisible.

Tout être naissant, se voyait attribué le numéro bis de son géniteur. Bien évidemment, il existait deux classes : les facktionnaires et les Pov’ Types. En aucun cas, des mélanges ne s’opérés. Il s’avère pourtant que cela a existé. Malheureusement, la société ne le tolérait pas, ce qui a entrainé pour ces erreurs des châtiments cruels. Ces erreurs, appelés « beug », étaient littéralement éliminés : rayés des administrations et envoyés dans une autre galaxie, la notre, celle depuis laquelle je vous envoie ce témoignage. Ce que n’avait pas prévu Administrative Man et ses créations. Mais, personne ne su y retourner, faute de compétences suffisantes. C’est alors que naquît une colonie de beug, qui devint prospère et heureuse…jusqu’à l’arrivée de ces organismes tueurs.

En effet, après avoir mis à feu et à sang le monde originel, qu’ils appelaient Monde 1.0, les voici chez nous. Ils colonisèrent notre système solaire :

Notre soleil, flamby, éteint depuis qu’ils ont réussis à le rendre aussi froid que leur accueil, leur a servis de point de contact. Puis ils se sont installés sur les planètes qui font parties du système, les administrant selon leurs règles : AMI 1.1, ADMI 5.8 et ADMI 3.0. Elles dominent le système solaire et surtout notre planète, la dissidente. Ils ont même créé un centre de détention administratif afin d’enfermer les personnes qui se rebellent, dénommées les virus. Ils les enferment sur la sous planète H.S. C’est là où je suis enfermé. Je suis un virus de troisième génération. Ils nous gardent car ils nous ont trouvé une utilité : des T.I.A : Travaux d’Intérêts Administratifs. Nous devons reconstruire un soleil, afin d’exécuter notre peine. Laquelle ? Nous être rebellé contre l’administration.

 

Chapitre 3 : Les virus, enfants des beugs

 

En tant que virus, je ne peux plus être libre.

Ils nous ont imposés la même recette que dans le monde 1.0 : règles, lois,… Nous devions nous soumettre ou être enfermés. Une partie de la population se leva pour combattre, mais devant tant de puissance, ils durent appliquer la guérilla. Vivre à l’écart, avec peu de ressources ne fut pas facile, mais le sentiment d’injustice fut décisif dans leurs persévérances contre cette dictature administrative. Complètement descendant des beugs, ils souhaitaient continuer le combat. Dénommés alors sous le terme de virus, ils continuèrent de vivre et d’avoir des enfants, jusqu’à ma génération, la troisième. Malheureusement, les pouvoirs des organismes continuèrent de se développer alors que les notre se raréfiaient.

C’est pourquoi je me retrouve sur cette planète H.S. Les administrations ont développé et mis au point des brigades spéciales afin de nous retrouver et de nous éradiquer : les anti-virus. Parmi les chefs de brigade les plus connus, les noms de Pandha, Nortton ou encore McCafé, nous ont vraiment fait mal. Il nous a fallu être mis à jour régulièrement afin de ne pas se faire attraper. Mais ces anti-virus ont réussis à débusquer nos attaques, même les plus ingénieuses et destructives.

 

 

Chapitre 4 : Guérilla informatique

 

Parmi nos attaques, certaines étaient vraiment craintes. Elles nous ont permis de remporter des batailles mais le vent de la guerre n’a pas toujours soufflé dans nos voiles de liberté.

La première technique fut « le ver masqué ». Cela consistait à infiltrer un petit organisme qui dévorait les documents, les fichiers, les informations qui n’étaient pas sécurisées. Très pratique, cette technique nous a permis de détruire toute une partie d’informations stockées. Ce qui a engendra une panique : il a fallu que l’administration refasse des centaines de dossiers de A à Z.

Notre seconde attaque, qualifiée de « cheval de truie », nous a permis de multiplier des attaques plusieurs jours après les avoir introduits dans les services. Le stratagème : placer à l’intérieur de statuettes de truies, des micros robots explosifs. Les facktionnaires ayant des gouts douteux en matière de décoration, ont ainsi déposés les statuettes sur leurs bureaux, ce qui a permis à nos micros robots de pouvoir sortir incognito pendant les nombreuses pauses et de faire voler en éclat les dossiers, le matériel informatique et quelques facktionnaires…

Une troisième technique, les cybers attaques. A l’aide d’un logiciel espion, introduit via des envoies d’e-mails diversifiés (messages de réservations de vacances, gain à la loterie,…), nous avions la possibilité de déclencher simultanément des messages d’erreurs sur les ordinateurs infectés. Des messages célèbres, tel que : « Souriez ! Vous êtes infecté ! », ou bien « Clic ! T’es mort ! », et « Virus détecté, nom : facktionnaires ! lol ».

Mais tout ceci aura été vain dans notre combat. Les brigades antis virus ont réussis à nous localiser et nous capturer. Ils restent bien encore quelques individus qui luttent, mais ils sont trop peu nombreux, et ne disposent plus des moyens que nous avions. D’ailleurs, ces derniers résistants sont appelés par les instances antis virus, des « Hackeurs ».