Suite de l'aventure de Vic et Rolf dans le cité corsaire. Faite connaissance avec un petit nouveau, Carlos !

Surtout dites moi ce que vous en pensez.... et si vous vous sentez décrit aussi ! ;)

 

 Terminus bis

 

07h42. Ligne 2. Arrêt hôtel de ville.

 

Les portes s'ouvrent et Carlos descend du magnifique bus accordéon de la Communauté Urbaine de Dunkerque. Direction la fac pour commencer sa journée avec un cours envoutant et enivrant de connaissance : la microéconomie.

Étudiant en économie, il salive déjà à ces deux prochaines heures à étudier de l'abstrait. Enfin abstrait si l'on veut. Les profs de microéconomie ne le sont pas, eux.

Il traverse la place de l'hôtel de ville, illuminé par des petites lumières incrustées dans le sol. Direction Lamartine, la partie excentrée de l'université. On ne mélange pas les torchons et les serviettes, se dit-il, en pensant à cette distinction géographique des études. Enfin, bref.

Il y va pour y retrouver ses camarades, de tous horizons : sociaux, culturels et psychologiques. Mais, malgré tout, unis dans la déprime journalière des cours d'économie. Ce n'est pas que l'économie soit une discipline ennuyeuse, mais quand on débat encore sur le fait de savoir si c'est une science ou pas, franchement, on comprend mieux l'état actuel du monde économique ! Science dure ou science molle, c'est un peu comme débattre en politique entre Nicolas Sarkosy et François Hollande !

 

08h15. Amphithéâtre Shumpeter.

 

Professeur en retard ou cours annulé ? Faut dire, Dunkerque est une destination ferroviaire difficile. Et quand on sait que la majorité du corps enseignant vient de loin ( Lille, Paris), il faut prier le Dieu SNCF de bien vouloir respecter ses horaires...car même ici, les trains viennent à reculons !

 

08h17.

 

Hallelujah !

«  Silence s'il vous plait, le cours commence, nous en étions où déjà ? »

« A ta cinquième heure de retard tout cumulé micro-man ( lien facile entre une personne, à la fois de petite taille et professeur de micro-économie...) », se dit Carlos.

Allez, c'est parti pour deux heures ( donc, en retard pour le cours suivant, ce qui vaudra à l'ensemble de la classe des remontrances du prochain professeur ) de micro-économie, l'homo œconomicus dans toute sa splendeur....

 

Twingo

 

Aussi à l'aise en conduite qu'en Anglais (!), Rolf conduit son partenaire à bord de sa twingo vert anis, en mode tuning, version « fast and green » : jantes alu représentant un arbre, béquet arrière en forme d'ailes et touche ignoble de mauvais goût, une pomme golden géante sur le capot...

« Tu aimes le tuning ? », dit Rolf d'une voix grave.

« Autant que j'aime passer pour un abruti dans une pomme géante... », lui répond Vic, d'un ton sérieusement sarcastique.

« Ouais, idée de génie, hein !. J'aurais adoré pouvoir participer à Pimp My Ride avec Xibit, mais en France on a eu Ramzy comme animateur, il est moins West Coast ! »

Pris d'effroi devant tant de culture générale, Vic resta sans voie en regardant son nouvel acolyte.

«  Et une petite visite en centre ville, ça te dit ? »

« Si on peut éviter, ça m'arrangerai... »

« Alors juste un passage devant la fierté locale, Jean Bart... »

« Mais qu'il me gonfle celui-là! », pense Vic.

« … c'est une institution ici, tu sais. Corsaire, il... »

«  Attention ! Freine !! », hurle Vic.

Coup de patin immédiat. La twingo se braque et s'arrête juste à temps. Contrairement au front de Vic, qui vient faire connaissance avec le tableau de bord élégant de mocheté de la voiture.

« Il était moins une. Ça va Vic ? »

« Dawn ! Fuck this shit man ! Tu peux pas faire attention, non ?! »

« Je suis désolé, je les avais pas vu ces pygmées ! », lui répond Rolf le roi du freinage. Il ouvre sa fenêtre :

« Vous pouvez pas faire attention quand vous traversez bande de branleurs ! »

« Laisse tomber Rolf, avance ».

« Voilà, c'est ça les jeunes, ils font gaffent à rien, ils traversent sans regarder ! »

« Et toi tu conduis sans regarder », lui assène Vic. «  Et on y arrive quand ? »

«  Dans cinq minutes, mais il faut que je te prévienne tout de suite. Ici, il existe comme un règlement, un protocole quand on rencontre le grand manitou. »

« Ah oui? On m'a rien précisé à ce sujet »

« C'est pas officiel, c'est officieux. Ici, c'est lui qui chapote tout. Il gère tout, il est décisionnaire depuis la fleur dans les espaces verts jusqu'à l'implantation d'un grand site industriel. »

Précisément ce pourquoi Vic est présent. Mais pas officiellement. Car sous l'égide d'une enquête de faisabilité, sa mission est tout autre.

« Nous y voilà. Donc, surtout tu ne lances aucun sujet de conversation, pas de question. C'est lui qui décide de quoi vous discuterez. Je te l'ai dit, il gère tout. »

« Ouais, j'ai l'habitude de ce genre de type. T'inquiète pas pour moi »

C'est surtout pour lui que Rolf s'inquiète. Car c'est déjà miraculeux d'avoir eu ce job, alors si Vic fait le con, c'est lui qui ramasse.

Arrivé devant le bureau, Rolf transmit une enveloppe à la secrétaire. D'ailleurs, pas mal foutu, se dit Rolf. A vrai dire, il n'est pas très à l'aise avec les femmes. Jamais il n'oserai lui parler de son magnifique sourire, de ses yeux étincelants...ou de sa poitrine généreuse ! Non, lui il a plus de facilité à parler de cela avec les filles auxquelles il va rendre visite à Ostende, en Belgique. Pour 60€, il peut leur dire à quel point elles lui sont belles.

« C'est quoi cette enveloppe ? », lui chuchote Vic.

« Je sais pas ce qu'il y dedans, c'est le type qui m'a recruté qui m'a précisé de la remettre ici. »

Intérieurement, Vic avait le sourire. « Encore une technique vieille comme le monde. Faire remettre une enveloppe mystérieuse au boss, histoire de maintenir le suspens...tout en ne mettant rien d'autre dans l'enveloppe qu'une note confidentielle sur la personne qui débarque...ou pas ! Comme les résultats sportifs du week-end dernier, ou un mot du genre : si tu lis ce mot, c'est que tu l'as bien reçu ! Lol. ».

Après avoir été remettre l'enveloppe, la secrétaire ouvrit la porte et les invita : « Monsieur Homart vous attend ».

« Avec un peu de mayonnaise », se dit Rolf, en pensant au menu de son restaurant préféré.

« Pas étonnant d'avoir un nom pareil quand on gère une ville de pêcheur », se dit Vic.